Association Sorézienne

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Légendes

Légende de l'anglaise et son parapluie. Par Jean-Paul BOSSUGE
En 1957/1958, alors que je visitais le caveau du Père Lacordaire, situé à l'époque dans une crypte sous la chapelle et me penchais sur l'illustre cercueil, un élève plus âgé que moi, me dit derriere moi sur un ton doctrinal : - tu vois le carreau par lequel on aperçoit le Père ? Il est fendu. Effectivement, il était fendu, ce qui n'avait pas arrangé la conservation du corps. Et il ajouta: - c'est une anglaise protestante qui y a donné un coup de parapluie. Cett explication m'a longtemps satisfait et j'ai été ravi de l' entendre 10 ans plus tard par un autre collet vert.
Question : d'où vient la légende, qui l'a inventée et quand ?

Réponse du 15 novembre 2006 :
pour le parapluie et l'anglaise , il est vrai que c'était un parapluie qui a cassé la vitre dans les années 30, mais la femme est bien française et était la mère des quatre Larocque-Latour. Elle l'a laissé échapper de ses mains, a brisé la glace et a dû repayer un masque à Lacordaire car l'oxygène avait noirci son visage.
Foucauld de Mauduit du Plessix, l'arrière petit fils de cette dame. :-)

Chahuts

Recette du méchoui de lapin au Porto façon sorézienne :

La nuit du 1er au 2 Mai 64.
J'ai réussi dans un premier temps à convaincre mon frère Jean-Marie et deux ou trois autres d'aller "piquer" un lapin dans un clapier de la ferme; je l'ai proprement assommé puis comme la nuit était magnifique dans un second temps j'ai proposé que nous allions déguster la bête sur Bernicaud non sans avoir au préalable fait un raid sur "la cave"... (du bon Porto).
Je me souviendrai toujours de cette nuit étoilée, des chiens qui hurlaient dans la plaine, énervés qu'ils étaient par cette bande de "galapiats" qui dansaient et chantaient en gueulant le plus fort possible "Oh when the saints..." autour du feu sur lequel le malheureux lapin achevait de rôtir...Un vrai moment de grace !
Parmi les acteurs principaux : 2 Bellon (le 1 et le 2), Payen, Ripoll.
Parmi les autres exploits de 62-63 :
- Quelques "descentes" dans la cave des pères (très bons Moulin à Vent et Portos...)
- Lacher de cochons de la ferme de l'Ecole, nuitamment, dans la ville
- Inondation de la cour en pente et de la Salle Centrale lors de la Pentecôte 63...
- Ambiances lors du "bachottage" dans le recoin que nous avions squatté au dessus d'une des salles de classe de la cour des Rouges.
ET : la mise hors service du TGBT de l'Ecole en 59 (plus de courant durant tout un après midi).
Ultérieurement, et si vous êtes sages, on vous racontera ce qui s'est passé d'autre à St Férréol cette nuit du 1er mai 64.

La nuit de Pentecôte 64
racontée par Bellon 1 (le zouave conserve ainsi son anonymat) :
Une autre des mes interventions mémorables : la fameuse nuit de la Pentecôte 64 où j'étais monté sur le toît de l'Ecole pour balancer je ne sais combien de pètards dans les diverses cours adjacentes.
Quand j'ai rejoint ma chambre, dans le secteur des surveillants - au-dessus des douches - le Treps tout vêtu de noir m'attendait, tapi dans l'ombre, et n'eut pas de mal à me confondre car il avait trouvé des pètards sur mon lit, malencontreusement tombés de ma poche...
Il m'a carrément mis en "état d'arrestation" en m'enfermant à l'infirmerie, d'où je m'évadai par la fenêtre et montai dans le petit matin jusqu'à Bernicaud (décidément...) pour siffler une boutelle de vodka avant de redescendre rejoindre ma cellule fermement décidé à me venger.
Ce qui fut fait la nuit suivante où, aidé de quelques anciens, je hissai un seau hygiénique rempli de peinture blanche sur la tête de ce pauvre Louis XVI, et pour faire bonne mesure nous lachames les porcs de la ferme dans les rues de la ville.

Nota bene : cette histoire aurait pu s'intituler aussi Le Zouave de Fermat à Soreze, ou Enfermé à l'infirmerie, ou Le TREPS vêtu de noir, etc etc, mais nous n'allons pas tout vous expliquer.

Tout le monde a entendu parler de l'histoire de la vache acheminée par des anciens dans le dortoir des pères. Elle était bien montée, mais ne voulait pas redescendre... Ca remonte au début des années 50. Les énergumènes peuvent s'identifier ICI avec autorisation de publier.

Un jour, la momie du musée, ramenée par Napoléon de sa campagne d'Egypte, a été mise dans le lit d'un père particulièrement émotif. Il s'en est sorti ! Là aussi, ça doit remonter aux années 50.

A une autre période, vers fin 49, début 50, la même momie a été glissée dans le lit du Père Lacordaire dans le but d'être découverte avec horreur par un Dominicain. C'est ce qui s'est effectivement passé. Aujourd'hui, 50 ans après, nous pouvons désigner les deux coupables, qui ont avoué lors de la Sainte Cécile 1999 : Yves Latournerie et Daniel Chérel.

Année 69/70, dortoir des bateaux : après avoir fait une bite au cirage (non au dentifrice...) au fils Arnaud nous avons profité du faible éclairage du couloir pour tendre en travers du fil de nylon....allez savoir pourquoi ?? et la piaule du fond a organisé un chahut destiné à attirer le surveillant (Antoine ou Gilium ???) et à la place de ça c 'est le bruit du trousseau de clés de Zwahlen qui s'est manifesté!!! Je crois que j'ai failli pisser de trouille au fond de mon lit ! C'est là que j'ai appris que du dentifrice sur les parties génitales faisait horriblement mal !!!

Année 69/70 je crois...la direction a été confiée a un dirlo provisoire que nous avons surnommé Charlot de par sa démarche, son air débonnaire et son bitos éternellement vissé sur le crâne au dessus d'une gauloise papier maïs qu'il suçotait en permanence. Le malheureux essayait une fois encore de passer son permis de conduire et pour fêter son nouveau ratage nous avons nuitamment organisé une "décoration" des murs de l'école avec graffitis à sa gloire ; profitant du fait que son burlingue était resté ouvert, un de nous dont je tairai le nom (je n'ai pu le joindre donc motus) n'a rien trouvé de mieux que de grimper sur le bureau et de déposer un énorme estron pour récidiver dans un classeur à tiroirs resté ouvert lui aussi. Je me souviens du réveil en fanfare du Zouillot qui a convoqué tous les Rouges pour confondre les coupables, et moi tout embrumé de sommeil, n'ayant rien trouvé de mieux que d'endosser mon éternelle capote militaire de la 2ème guerre toute tâchée de peinture, et sans le présence d'esprit de Feldman (voir lettre dans le journal de l'association) qui s'est placé devant moi j'aurais été bon pour le renvoi je pense.

Pendant Sainte Cécile ou Pentecôte année 70/71, nous avons décidé un soir de lâcher les cochons en profitant des préparatifs nocturnes de la journée du lendemain. Quelques farceurs dont moi-même, Philippe Gomez, avons sur le coup de minuit ouvert la porte de la porcherie, il me semble me souvenir que nous étions quelque peu éméchés par la consommation d'alcool d'orange que nous (je) fabriquions et qui macérait gentiment sous le lit tout le long de l'année (je vous donnerai la recette si vous voulez, ça vaut le....jus !
Non contents de notre exploit nous avons miné le pied du mât des couleurs c 'est à dire que nous l'avons déterré pour le replanter dans la terre meuble.
Le lendemain lors de la montée des couleurs (et j'étais aux premiers rangs car dans le peloton) le mât s'est lentement incliné puis affaissé sous les yeux ébahis du sergent major de l'époque et des parents d'élèves, quant à Zwahlen dit le "Zouillot" imaginez sa tête !!!

69/71, toujours, fait plus banal : un lâcher de chat pendant l'office du dimanche. Pas de quoi en fouetter un !!! J'avoue qu'on est loin du "balayage de juments" (explication censurée par l'auteur lui-même dudit balayage) !!!
Mais le clou des clous, la perfection dans la décision, la préparation, l'exécution et la gestion reste la razzia dans la réserve des cuisines organisée par la très grande majorité des terminales donc année 70/71 et dont n'a rien transpiré jusqu'a ce jour !!! C'était pendant les révisions du bac, nous avions obtenu de pouvoir veiller à volonté dans le grenier aménagé en salle d'étude et sur le coup de 1 heure du mat la faim nous tiraillait régulièrement. Aussi avons nous décidé de trouver moyen de nous sustenter et le mieux était de se servir a la source pas vrai ? Nous avons désigné les sentinelles et préparé une voie d'accès en enlevant un peu tous les jours les lattes du plancher d'une piaule du fond qui donnait dans le faux plancher lequel correspondait par une trappe dans une des classes dont nous avons toujours peu à peu déplacé l'étagère pour la mettre sous la trappe.
Le soir venu les terminales équipés chacun de sons sac a dos ont fait une file interminable progressivement engloutie dans cette piaule. Quand on connaît l'exiguïté de ces dernières c'était un spectacle digne d'un grand comique pour moi dont la piaule jouxtait celle du surveillant et qui étais charge de faire le pet au moindre mouvement. Nous avons stocké nos provisions dans le faux plancher après avoir prélevé une part de notre butin a des fins (faims???) personnelles.
Dans la journée du lendemain nous avons eu quand même la visite du détachement sinophile du coin dont les chiens se sont mis a fureter un peu partout et je ne sais qui a eu la présence d'esprit de balancer du poivre à l'entrée de la classe avec les conséquences que l'on connaît sur l'instrument olfactif de ces pauvres bêtes !
Le soir même la trouille et l'odeur qui se dégageait déjà dans le dortoir (mais qu'on pouvait confondre encore avec le subtil fumet de pieds qui flottait de façon récurrente) un de nous (dont je tairai le nom de façon à respecter la respectabilité de son grade,,, eh oui !) a été chargé de tout balancer dans la rivière.

Concernant les anecdotes il y a eu la vache dans le dortoir des Pères qui ne pouvait pas descendre l'escalier mais aussi les cochons dans le parc que j'ai vécu. Mais les Soréziens en internat avaient également leurs propres actions individuelles ou collectives.
En 1972, la bande à PILOU (Pierre-Louis Crouzat) considérant que l'ordinaire n'était pas à la hauteur de ses espérances et le vécu des patrouilles nous donnant des ailes, nous avons pris l'initiative d'une opération commando.
Après que le dortoir des rouges fut entré dans un profond sommeil ainsi que le vigilant Mr Coulon, la joyeuse équipe Crouzat, Arro, Bonnand, Molinier, Feldmann, Pezet et d'autres dont je n'ai pas le souvenir a entrepris un long périple par les greniers et les combles de l'école. Après avoir dépassé la galerie des Anciens nous sommes arrivés vers le manège couvert et avons trouvé une trappe. Après avoir procédé à son ouverture nous avons découvert des jambons accrochés au plafond en train de sécher, mais pas accessibles par la trappe... il fallait descendre dans la pièce.
Problème : la trappe était très étroite... et seul PEZET, dit Rocky, pouvait y passer. Il y alla et fit passer un jambon à ses Compères. Mais problème pour remonter car le plafond était à près de deux mètres et il n'y avait pas d'échelle. Une chaîne humaine s'est alors organisée pour remonter le compère "dealer". De retour au dortoir dans la chambre de Patrice BONNAND nous nous sommes "gavés" de jambon et sommes allés accrocher l'os, notre trophée, au filet de volley dans la cour des Rouges... Ironie du sort... notre estomac était bien plein... mais le jambon trop salé... et nous avons passé toute la nuit à faire des allers-retours aux sanitaires pour nous désaltérer... Bien mal acquis ne profite jamais... Mais quel plaisir de faire les FOUS... C'était super et j'en ai encore le goût... J'avoue donc ce jour avoir été le complice de ce deal. A l'époque nous étions tous restés muets... Mes Compères feront-ils aussi leurs aveux ??? ... 33 ans aprés il y a prescription... allez-y lâchez-vous...

Autre lâcher de cochons. Trois plaisantins (voici les noms : Bruno Micheli, Alexandre De Urresti, Yves Canot) ont en 75 lâché les cochons dans le parc, dont un dans le dortoir des Pères, ce qui fit forte impression. Les plaisantins furent poursuivis de nuit par le sergent d'honneur Jean-Jacques Jammes... qui ne les a jamais rattrapés ... par contre pour récupérer les cochons... ça n'a pas été facile... moins facile que de leur faire monter un escalier :).

Avec la même équipe, Alexandre de Urresti, Yves Canot et Bruno Micheli, nous bouchions la retenue d'eau du parc avec une pierre et quand quelques jours après la retenue contenait au moins 50 m3, nous allions voir le fameux Monsieur Guiu, qui nous donnait l'ordre de rectifier la situation... selon ses propres termes... Nous avions donc droit à 2 pelles pour creuser une tranchée qui relierait le trop plein d'eau au systeme d'irrigation du parc.
Ah la belle tranchée que nous creusions... au moins 10 cm de profondeur et 20 cm de large et, après visite des travaux par le fameux Guiu... nous cassions la pierre et les 50m3 se deversaient en qq minutes... inondant l'allée principale, puis la cour de la fanfare... pour terminer dans le Hall et dans le bureau du TREPS...
Nous avions néanmoins les félicitations de tous pour cet excellent travail, nous ne pouvions pas savoir qu'il allait sortir autant d'eau et avec une telle puissance... pauvres anges... bien entendu nous avons remis le couvert l'année suivante et cette fois nous avons réussi le même coup... avec la bénediction du TREPS, et l'inspecteur de la tranchée (de même taille et de même efficacité) fut confiée à Jacques Fabre de Massaguel... qui approuva, comme Guiu, sans sourciller...
Les memes causes produisant les memes effets, ce fut l'inondation de 75...faisant suite à celle de 74....
Nous avons donné des consignes pour nos successeurs, qu'en a t'il été.....mystère :)

Nous avions un charmant prof d'allemand nommé Mr Fasse et ce brave homme était d'une grande gentillesse et sans la moindre autorité, à l'époque, je passais la plupart de mes week end chez Monsieur Marcel Arnaud, mon prof de math et surtout papa de Bertrand, Lionel et Gérald, tous musiciens et passionnés de jazz... ce sont eux qui m'ont donné le virus...
Donc, nous decouvrons avec Bertrand Arnaud la machine à dupliquer les devoirs... la machine à alcool, et un soir, avec Bertrand et la complicité du Papa... eh oui Marcel Arnaud était dans le coup !... nous imprimons 200 exemplaires du texte suivant :
Pour fêter leur 70ème anniversaire de mariage, Monsieur et Madame Fasse vous invitent à un goûter et vin d'honneur, à leur domicile le .....1975.... et nous avons distribué ces tracts la nuit dans tout Sorèze et chez les professeurs...
Le lendemain nous assistions au défilé des invités avec cadeaux chez le charmant Fasse....et Marcel Arnaud n'en pouvait plus...de rire...
Bien évidemment nous avons été convoqués 8 jours plus tard dans le bureau du TREPS... en présence de plusieurs professeurs dont J Fabre de Massaguel, et Marcel Arnaud....nous avons bien entendu juré qu'il n'était pas dans le coup...le savon fut rapide et, en sortant du bureau du TREPS nous avons entendu un énorme éclat de rire collectif... venant du bureau et de la salle des profs.....br> Il y a prescription maintenant, et Marcel Arnaud nous ayant quitté, le mystère est éclairci... j'ajoute que pour moi, la famille Arnaud est devenue ma seconde famille et nous ne nous sommes jamais quittés depuis plus de 30 ans... et les blagues continuent aujourd'hui avec une partie de la même équipe... nous sommes restés de grands gosses... Sorèziens...forcément :)
Bruno Micheli

Alexandre de Urresti avait réussi à piquer sur un chantier de carrière (route d'Arfons)... tenez-vous bien, du cordon Bigford, explosif et en mêche, des blocs de poudre noire, un peu de TNT, et des détonateurs à fulminate de mercure... de quoi faire sauter toute l'école.
Se posait le problème du générateur de courant, résolu par Constantin Parvulesco, qui montait sur un vélo que nous tenions à bout de bras, pendant qu'il pédalait pour faire fonctionner la dynamo des phares du vélo... branchée sur le détonateur....
Et devinez ce que nous avons explosé.....le mur d'enceinte juste après le cimetière des Pères ... et personne n'a vu et entendu ... mais le trou pratiqué a permis de faire le mur quelques semaines...jusqu'au jour où... le béton a remplacé le trou.

La fanfare :
Le chef de fanfare était Alain Laboille et j'étais (Bruno Micheli) chef de clique, c'est à dire chef de la section trompette, basse etc... en gros tout ce qui n'était pas clairon et tambour... la clique est la partie la plus "musicale" de la fanfare...et à mon arrivée nous étions 7 ou 8... mais, comme les répétitions de la fanfare et autres bidonnages évitaient des corvées, patrouilles, études, entraînements aux défilés, etc etc... j'avais formé une nouvelle clique, beaucoup plus nombreuse ...15 ou 20... dont seulement 8 ou 9 jouaient et les autres faisaient semblant.
Impressionnante cette fanfare quand elle arrivait... mais curieusement, quand elle jouait, on avait l'impression qu'au lieu de 40 musiciens... il y en avait une quinzaine... et c'était le cas :) :)
Répétition le plus souvent possible dans les locaux de la fanfare... c'était devenu une vraie taverne et un lieu de débauche... 4 ou 5 qui jouaient pour cacher le bruit des javas qui avaient lieu ... et un qui faisait le guet...
Voilà donc la raison du faible niveau de bruit de la fanfare en 74/75.

En 60-61, il y avait chez les Bleus deux ou trois élèves qui s'affirmaient royalistes, et qui ont eu l'idée de hisser de nuit un drapeau blanc au mât derrière la statue de Louis XVI (comment tant d'élèves ont-ils pu s'échapper de leurs cellules la nuit ? grande énigme historique, hé hé...).
Ils ont donc pris un drap de lit immaculé et l'ont accroché je ne sais comment au mât (je n'ai pas été témoin de la scène). Par contre, j'ai été invité à voir le résultat. Ce qu'ils n'avaient pas vu la nuit, c'est que le drap appartenait à un élève frappé d'énurésie. On avait donc une sorte de drapeau japonais où le rond rouge était jaune...

Une de Philippe Houbart (57-61) :


Le dernier rang de la fanfare, Pentecôte 60. Il y avait des cuivres à l'époque, scrogneugneu ! À droite les altos : Paul et Dussaix (de Mazamet). On faisait exprès de prononcer le X, ce qui faisait "du sexe", et qui le choquait (pour notre plus grand plaisir) car il était timide et très pudique. À gauche, moi à la basse, cachant Tardy de Montravel à l'hélicon. Le Père Girard (prof de grec pour les 3e A) expliquait : en grec, héli = autour de, donc hélicon = autour d'un con. J'ai moi-même été victime de ses blagues, il me surnommait platanos, qu'il traduisait par "plat âne". Je me suis vengé un jour (c'était dans la tour ronde des Bleus) : j'étais au premier rang, je lui ai piqué son cartable sans qu'il s'en aperçoive, il y avait une étiquette du genre bagage d'aéroport avec les dates de ses cours et des couleurs différentes pour les classes, je l'ai recopiée à ma façon et remplacée par une autre où j'ai complètement mélangé les dates et les couleurs. Il a dû être complètement paumé, et de fait pendant quelques semaines on l'a attendu en vain pour les cours. Il devait chercher ses élèves chez les Rouges, qui devaient se marrer.
Autre anecdote à son sujet. Pour je ne sais plus quelle raison, il m'a demandé un jour d'aller le voir dans sa chambre, chez les Pères. Je ne me souviens que d'une chose : son lavabo était rempli de bûches pour alimenter sa cheminée. J'en ai conclu qu'il ne devait pas se laver souvent.
On était cruels : on le surnommait "la charogne" (à cause de l'odeur ? voir plus haut). N'empêche que c'était un pédagogue exceptionnel, avec une culture phénoménale et énormément d'humour. Quand je retournerai à Sorèze, je ne manquerai pas d'aller lui rendre visite au cimetière des Pères, et on rigolera ensemble de nos blagues réciproques.

Histoire(s)

Révisions du bac 61
La malédiction du Château des Laurens-Castelet :

Quelques semaines avant le premier bac de juin 61, Jean-Louis BROSSETTE (57-62) avec qui j'étais très ami, a demandé à ses correspondants, les Lamothe-Saint-Pierre, si je pouvais venir réviser le bac avec lui et s'ils pouvaient m'héberger.

Pour une raison qui m'échappe à présent, c'est finalement chez les Laurens-Castelet, leurs cousins, à Puginier, que nous nous sommes retrouvés, reçus comme des princes... Je garde un souvenir ému de cette période, uniquement troublée par la "dead line" de l'examen qui se rapprochait jour après jour.

Pour bien comprendre la suite, il faut savoir que le château où nous étions reçus avait été incendié 17 ans plus tôt par des éléments de la Division SS qui, je crois, devait s'illustrer un peu plus tard à Oradour...

Or les Laurens-Castelet avaient hébergé ,"nolens volens", durant quelques jours ces éléments, du moins leurs officiers qui, en remerciement, n'avaient pas hésité à mettre le feu au château au moment de leur départ...

Le château venait d'être entièrement reconstruit à l'exception de quelques communs qui avaient échappé à ce sort fâcheux.

Dominique de Laurens-Castelet, notre actuel Vice -Président, après nous avoir montré un superbe Mauser, oublié par les Allemands, accompagné des munitions ad-hoc, a cru bon de nous révéler l'existence, dans une cave reculée de ces communs, d'un stock de munitions oubliées et notamment tout un assortiment, rangé en boîtes de 10 ou 12, de fusées d'alarmes, allant du "marron-d'air" (un truc à vous péter les tympans lorsque ça explosait) au fumigène dégageant d'épais nuages compacts de couleur violette en passant par les classiques fusées sifflantes ou éclairantes, avec ou sans parachute...Il y avait des dizaines de ces boîtes....LE REVE !

Dans un premier temps, alors que nous ne passions que le week-end au château, nous avons "exporté" subrepticement quelques-uns de ces engins vers l'Ecole où ils firent sensation :
Imaginez l'effet rendu, durant l'étude du matin, par un de ces "marrons-d'air" que nous parvînmes, non sans mal, à faire exploser dans la cour des Rouges, ébranlant l'athmosphère jusqu'à Bernicaut et affolant la population du village, gendarmerie comprise (il faut dire qu'à l'époque on était en plein dans la psychose des attentats de l'OAS débutants).

Imaginez l'effet d'un fumigène violet, bien compact, balancé dans une chambre du dortoir de 6m2 dans lequel se trouvaient entassés 7 ou 8 gus (sic) en train de bavasser...ça a dégagé sec : chrono en main, pas plus de 5 secondes pour nettoyer les lieux...

Et puis nous nous sommes retrouvés, à 2 semaines du bac, à plein temps au château... c'est à dire SEULS une bonne partie de la journée.

En fait de révisions du bac, nous passions notre temps, Jean-Louis et moi, à "tirer des plans sur la comète" à la recherche des effets pyrotechniques les plus spectaculaires et je ne sais pas comment nous ne nous sommes pas fait "péter un truc à la gueule", jugez plutôt :

Une fois tout le monde parti, l'après-midi, nous attaquions à la scie-à-métaux (sic) les cartouches des "marrons-d'air" pour dégager la partie la plus explosive, ou bien nous allions dans les bois, fusils (car il y avait aussi une carabine) en mains, faisions des "bouquets" de divers types de fusées et, après un bon recul, tirions au Mauser dans le cul des fusées...je ne vous raconte pas le foin !

Il faut reconnaître que les Laurens-Castelet, notamment le père de Dominique, se montraient d'une indulgence à toute épreuve. J'ai bien cru que ça allait se gâter le jour où, devant partir en train pour Paris avec Jean-Louis, je me suis fait "choper" sortant de "la cave" avec une valise pleine de ces bidules.
Mais c'est tout juste s'il a froncé les sourcils d'un air légèrement désapprobateur, mais me laissant emporter la valise.

C'est ainsi que j'ai fait le voyage en train jusqu'à Paris avec une valise remplie d'explosifs à une époque où la chasse aux "plastiqueurs" était lancée...Tout ça pour aller "taquiner" les pêcheurs sur le Loing, avec Jean-Louis chez qui je continuais des vacances "explosives".

Mais il est temps d'aller à la fin de l'histoire :

Quelque peu inquiet de la tournure qu'avaient prise les choses, et vu les rumeurs qui couraient dans les alentours sur les châteaux du Sud-Ouest, dans lesquels étaient censés s'entrainer des membres de l'OAS, le père de Dominique décida de mettre un terme à tout cela avant que nous puissions remettre les pieds chez lui; il est vrai qu'il y avait à plus ou moins long terme la perspective menaçante des révisions du deuxième bac...

Le Mauser fut donc cassé en deux et les boîtes de fusées furent un beau matin empilées dans une enceinte destinée aux déchets du côté des communs, dans l'attente d'être enterrées ailleurs plus tard.

Ce travail de nettoyage de "la cave" achevé, et alors qu'ils prenaient leur déjeuner, retentirent soudain les premières explosions, les premiers sifflements, l'envahissement de l'athmosphère par une épaisse fumée violette striée d'éclairs lumineux.

Que s'était-il passé ?

Une des personnes habitant les communs avait curé sa cuisinière à bois et n'avait rien trouvé de mieux que de verser un seau de cendres chaudes contenant des braises sur le tas de déchets et notamment les fameuses boîtes...

La lutte, nous a-t-on dit à la rentrée, a duré plus d'une heure, chacun courant, qui armé d'un seau, d'une pelle ou d'un extincteur, jusque sur les toits du château, pour neutraliser ces infernales fusées qui semblaient vouloir parachever le boulot commencé 17 ans plus tôt.

Mais finalement le château est resté intact et les Laurens-Castelet ne nous en ont pas trop voulu, car effectivement, Jean-Louis et moi, avons eu le droit de revenir en 2ème année pour les révisions du deuxième bac... Mais il faut reconnaître que ça a été beaucoup moins drôle... on a été sages comme des images, enfin, je crois... mais je ne sais plus très bien finalement...il faudra demander à Dominique de Laurens-Castelet, il doit s'en souvenir, lui...

J.F. BELLON

Le sonneur de cloche.
Pour les Bleus et les Rouges présents à l'Ecole en 1960.
Par Jean-Marie Bellon.
Octobre 1959 : Elève de troisième, j'obtiens ma première charge dans l'Ecole : sonneur de cloche, régulateur des horaires de cours et des articulations journalières (récréations, débuts et fins d'études surveillées, repas). Heureusement dispensé de sonner « La Diane » et l'extinction des feux, je porte dorénavant la montre de « fonction » me conférant la jouissance de quitter les cours et l'étude cinq minutes avant les autres pour aller tirer la corde pendante entre le réfectoire des Bleus et des Rouges. La vie du collège et de l'abbaye sera rythmée de cette façon selon mon bon vouloir... Dans ce microcosme quadrillé, je deviens le maître du temps assujetti cependant au bon fonctionnement de la petite mécanique dont je dois vérifier régulièrement l'asthénie du remontoir et la position des aiguilles. Tout va bien ! Et pour le mieux, j'arrive bientôt à sonner sur un mode plus coulé sans à-coup, finissant decrescendo. On dirait du Ketelbey « Dans le Jardin d'un Monastère » !
Le mercredi 11 mai 1960 - 15 heures 55. Je quitte le cours de maths; monsieur Arnaud, de son mètre cinquante cinq, me toise fort étonné, regarde sa montre, je vérifie la mienne, nous comparons nos heures... La mienne est « officielle » ! Je sors pour envoyer ma volée de cloche. Les cours de l'après-midi étant ainsi suspendus, monsieur Laplanche, surveillant principal de notre division, sur injonction du père Poudat (censeur), nous fait mettre en rangs à coups de sifflet sous le préau. A cet instant, le Révérend Père Prieur Montserret (alias le TREPPS ) apparaît, fond sur moi, sourcils froncés : « Vous le saviez ! Vous l'avez fait exprès ! » Tombant des nues, je balbutie : « ... Pas du tout... Mon Père ! De quoi s'agit-il ? » - « Vous avez sonné la fin des cours un quart d'heure trop tôt ! » et sans me laisser le temps de revérifier la montre, il conclue avec un sourire crispé appuyé d'un soupir : « ... Bon ! Cette méprise va nous permettre d'assister pleinement à la cérémonie du lancement de « FRANCE » !»
Il donne l'ordre au pion n° 2 de nous conduire à « La Salle des Bustes » où nous retrouvons les « Collets Rouges » et les pères, déjà installés devant le récepteur de télévision à contempler l'arrivée cocardière des ministres, des membres du Gouvernement, le Général en tête, dans la tribune officielle. A 16 heures 15 « pétantes », ce mercredi 11 mai 1960 à Saint-Nazaire, Yvonne de Gaulle lance le magnum de « Cordon Rouge » sur l'étrave du gigantesque paquebot. L'énorme masse commence à glisser vers son élément définitif, entraînant d'impressionnantes grappes de chaînes freinant son élan dans le bassin des chantiers navals. Le premier contact de « FRANCE » avec la mer suscite une grande émotion dans l'illustre salle, suivie d'applaudissements spontanés. Même Georges Bortoli qui assure le reportage sur la RTF se fait des noeuds dans la gorge... Viennent les « cocoricos » ! Marseillaise et discours ! Finalement le « timing » était au « top »; je ressors blanchi, presque en héros, de la « Salle des Illustres ». Sans trop faire preuve d'initiative, il faut par moment oublier de remettre les pendules à l'heure.
A la rentrée suivante, mon poste sera supprimé et remplacé par des sonneries électriques à commande centralisée chez le Censeur. Tant pis pour les extravagances.
Par Jean-Marie Bellon.

La statue-bis de Louis XVI, sur une partition de Maître Jean-Paul Bossuge :
Les anciens, vous vous souvenez des cours de Fabre de Massaguel, bien entendu. Vous vous souvenez que ce pauvre Louis XVI avait été condamné à une voix de majorité, ce qui lui valut le destin que l'on sait.
Depuis la Révolution, on ne peut pas dire qu'il a été réhabilité. Des statues en pied de Louis XVI, vous en connaissez en France, à part la nôtre, dans le parc de l'Ecole ? Pas moi.
La nôtre a été peinte plusieurs fois par des générations de potaches, mais finalement toujours respectée.
Le saviez-vous ? Il en existe au moins une autre. Pas en France, mais aux Etats-Unis, et plus exactement à LOUISVILLE (Kentucky).
Louisville a été fondée en 1778 par des colons français venus de la Nouvelle Orléans, sur le fleuve Ohio. Le fameux Bourbon du Kentucky est aussi un hommage à Louis XVI. Les américains, ont ainsi voulu montrer leur reconnaissance à l'aide apportée par Louis XVI pour conquérir leur indépendance. Ils se souviennent que le 6 février 1778, Benjamin Franklin est venu signer à Paris le traité d'amitié franco-américain (lequel a constitué pour la France une occasion de revanche sur l'Angleterre). Il faut noter également que ce traité est le plus vieux document reconnaissant les Etats-Unis d'Amérique.
Et la statue dans tout çà ? Elle a été sculptée par VALOIS en 1827 et figure en bonne place devant l'hôtel de ville. Elle a été offerte en 1967 par François DELMAS, le maire de Montpellier de l'époque, dans le cadre du jumelage des deux cités. Le voyage depuis Montpellier a été épique, car il lui fallut remonter le Mississippi, puis l'Ohio, avant de trouver un repos bien mérité, dans un lieu digne d' elle.
Et si on jumelait Sorèze et Louisville ?

 

Cette statue fut commandée par un ancien de Sorèze, Jean-Ange-Michel DAX DE CESSALES (1776-1781), marquis d'Axat, maire de Montpellier pendant 16 ans durant toute la restauration, qui fut aussi le créateur avec le baron Fabre du musée Fabre de Montpellier, Chef de bataillon en 1817, né le 11.6.1767 à Bouleternère, mort le 18.8.1847 à St Georges de Venejan (30).
Inaugurée par lui en grande pompe place du marché aux fleurs à Montpellier en 1828, la statue n'y resta que fort peu de temps puisqu'elle fut immédiatement déposée dès l'avènement de la monarchie de juillet et de Louis-Philippe. Rappelons que le duc d'Orléans après avoir accepté en 1830 d'être nommé lieutenant-général du royaume par Charles X dans son acte d'abdication (pour attendre la majorité du petit-fils de ce dernier, le comte de Chambord et le conduire jusque sur le trône), préféra finalement se proclamer roi des français.
Remisée depuis et jamais ressortie, cette statue de Louis XVI embarrassait bien la municipalité de Montpellier qui ne savait qu'en faire ne pensant pas possible de la réinstaller en ville depuis l'avènement de la République dans les années 1870 après la débâcle de Sedan et la chute du Second empire.
Le jumelage avec Louisville en 1967 permit enfin de trouver une issue à cette difficulté demeurée insoluble depuis 1830 et de redonner un usage, aux Etats-Unis, à la statue, puisqu'elle ne pouvait pas en avoir un en France.

Quatre ou cinq statues de Louis existent encore en France :
- la première est aux confins des départements de Côte d'Armor et d'Ille et Vilaine, à Bécherel, dans les jardins du château de Caradeuc. Cette statue, commandée en 1826 par la mairie pour être placée dans la niche de l'hôtel de ville avait été achevée après la Révolution de 1830 et reléguée au musée des Beaux-arts de Rennes durant 120 ans. Raymond Cornon, architecte des Monuments historiques, a créé le cadre surmonté de balustres qui met en valeur la taille de la statue royale.

- la seconde se trouve à Nantes : toutes les explications ici.


- la troisième au Loroux-Bottereau (encore en Loire Atlantique), Explications ici.

- la quatrième à Nant dans l'Aveyron (Explications ici.)

- et la cinquième, devinez où


Une page spéciale Souvenirs 44-46 est disponible ICI



A propos de GUIU (années 70) - rapporté par Xavier Montsarrat (75-80) :
- D'abord, il était censeur, juste après le père Jamin, jusqu'à ce que 5 ans plus tard, Monsieur Bernard ne le remplace (autre personnage important de cette période).
- Il fumait cigarette sur cigarette, allumant sa gitane sans filtre avec la précédente, ce qui fait qu'il avait la trace de nicotine impressionnante sous la narine.
- Ce tabac lui donnait une voix éraillée, typique au personnage, il était tout le temps en train de "gueuler" (il n'y a pas d'autre mot), tout en étant profondément gentil et juste.
- Le matin, après la sonnerie du réveil, on avait droit, d'abord à la toux de grabataire qui devait durer au moins 3 minutes de Monsieur Guiu, ensuite le hééééééêêêêêêèèèè intraduisible par écrit de Monsieur Guiu envers les retardataires, ça ne ratait pas, tous les matins, nous y avions droit.
- Il avait beaucoup d'autorité naturelle, mais je pense qu'il ne le savait pas ; lorsqu'un élève était convoqué dans son bureau et qu'il se montrait récalcitrant, sa phrase type était : " Je ne suis pas un imbécile, je ne suis pas celui que l'on fait passer derrière les chevaux, j'ai la légion d'honneur, moi, Monsieur "
- Je me souviens d'un soir, alors que j'étais en première, en étude qui se trouvait alors à côté de l'arsenal dans la cour des rouges, un compatriote (des P.O, comme moi), se nommant pour ne pas le citer : Frederic Helias (un cancre génial en maths), s'était retourné vers moi pour me tirer dessus un bout de papier mâché avec son Bic ; il avait bien visé, sur la paupière. Ne pouvant laisser ce crime impuni, j'ai plié un bout de papier, ai tendu un élastique entre les doigts, et bien sûr, ai tiré. Mais le malheur, c'est que Fred s'y attendant, s'est baissé et c'est Monsieur Guiu qui l'a attrapé en plein dans la joue. Catastrophe, si j'avais pu ramper sous le sol, je l'aurais fait. Toute l'étude était pliée de rire. Je me suis bien sûr dénoncé rapidement pour éviter une rallonge d'étude du soir.
Monsieur Guiu a bien réagi, il m'a bien sûr fichu dehors pour éviter que la situation ne dégénère, mais avait compris le burlesque de la situation, et malgré ses hééééééêêêêêêèèèè habituels, ne pouvait cacher le plissement de ses yeux qui me regardaient et qui montraient qu'il riait autant que ses élèves.
Ce que j'ai fais après aurait pu me valoir très cher, mais j'ai trouvé le ton pour le faire : cinq minutes après avoir été mis à la porte je re-entre, et me dirige d'un pas décidé vers Monsieur Guiu, et lui demande poliment une cigarette ; estomaqué, il me la tend; je sors mais entre à nouveau pour lui demander du feu. Je vous laisse imaginer la suite, avec une étude de 40 élèves. Mais curieusement, je n'ai pas été puni.
J'aimais beaucoup ce personnage, même entres amis, je ne l'ai jamais appelé autrement que Monsieur Guiu, comme si ces deux mots étaient liés ; Je l'ai revu lors de mon premier pèlerinage à Sorèze en 98, en revenant - il nous parlait toujours de la maison, dans un village du côté de Narbonne avec 18 fenêtres, qu'il faisait restaurer à l'époque, j'ai fait un p'tit détour, et y suis passé. Il avait maigri, s'était fait enlever un poumon et un rein, ne fumait plus bien sûr, mais était resté le même.



Un repris de justice repris de justesse (années 70)



Le Père Poudat en jeep

Ce fut dans les années 50 que le Père Poudat, armé d'une Jeep, s'en prit aux installations du théatre, qu'il finit pas détruire. Comment ? Pourquoi ? Etait-ce voulu par les autres Dominicains ? Nous ne le saurons jamais.



Bataille de pelochons

Année 1972. Bataille de pelochons dans les dortoirs entre Rouges 1 et Rouges 2.

Les Rouges 1 (Terminales) sont défaits par les Rouges 2, plus agressifs et coriaces.
Parmi ces derniers, bon nombre de rugbymen et de judokas !
La défaite est plutôt dure à digérer pour nous les Terminales, sensés être les plus forts de l'Ecole. Notre orgueil de Sorèziens est touché au plus profond de nous !
Aussi nous décidons de ne pas en rester là et de prendre une forme de revanche, mais il faut bien l'avouer, pas très loyale.
Je suis chargé (par qui ?) d'aller récupérer un extincteur et c'est à moi qu'incombe d'assouvir notre vengeance. Je me dirige donc à une heure bien avancée de la nuit dans le dortoir des Premières.
Je pénètre dans une chambre près des sanitaires et procède allègrement au vidage quasi complet de l'extincteur sur son occupant.
Certes une toux puissante et quelques cris affolés auraient dû nous alerter.
Mais trop contents d'avoir eu notre revanche (peu glorieuse, il faut bien le reconnaitre) nous sommes allés nous coucher gentiment sans nous soucier de l'état de la victime expiatoire.
Le lendemain son nom était connu, il s'agissait du dénommé Ducournau lequel, je crois, s'est retrouvé à l'état-major l'année suivante, comme quoi la flamme de son ambition n'avait pas été éteinte. Il parait que sa chambre ressemblait à un véritable champ de neige !
Bien des années après je peux enfin lui dire: "mille excuses cher ancien" !
Frédéric Feldmann (69-72)



Une autre de l'année 1972

Dans le dortoir des Rouges donnant sur la rue, il y avait à l'intérieur de la chambre de Yann Nedellec (élégant Breton de Marseille qui partait en randonnée avec des chaussures vernies), sous son lit plus précisément, une trappe d'accès à l'entresol au-dessus des salles de classe des Rouges.
Ces pièces inoccupées, au plafond assez bas, étaient munies de fenêtres surplombant celles des classes au rez de chaussée. Nous avions pris l'habitude d'y descendre de temps à autre, soit pour discuter peinards, soit pour y stocker des victuailles, dont les fameux jambons et autre charcuterie, pillés dans les cuisines de l'Ecole lors d'un hold-up mémorable.
Plus tard nous avons trouvé une autre utilité à ces lieux, à savoir s'en servir de point d'appui pour sortir dans la rue de manière plutôt aisée. En effet, au moyen d'une corde à nœuds probablement empruntée au gymnase, il nous suffisait de passer l'anneau de la corde autour d'une volute de la grille des fenêtres pour descendre en un tour de main à l'extérieur de l'Ecole. Bien pratique pour sortir sans être vu. Du coup c'était devenu un jeu d'enfant pour nous.
Un soir, alors que le pion de service que nous avions affectueusement surnommé « Kiri » pour son côté plutôt jovial, rigolo mais naïf, je suis allé le voir dans son antre en prétextant une question banale, du genre « quel sera le temps demain ? » ou bien « comment va la famille ? », histoire qu'il me voit de plain-pied si on peut dire ! Aussitôt je partais dans la chambre de mon ami Yann dont la trappe était déjà ouverte, me glissais dans l'entresol et en un rien de temps, probablement moins de 3 minutes, je me retrouvais dans la rue où je faisais un coucou amical sous sa fenêtre au dénommé Kiri, complètement ébahi par cette téléportation de fortune, et dès qu'il était reparti de son perchoir, je remontais aussi discrètement que possible. J'ai reproduit ce subterfuge à plusieurs reprises histoire de le plonger dans le doute le plus complet. Je crois qu'il n'a jamais compris ce qu'il se passait car dans sa tête, et en considérant que j'aurais pu sortir par la porte du dortoir le plus souvent fermée à clé, il m'aurait bien fallu, même si j'avais été champion olympique, 10 fois plus de temps, ne serait ce que pour descendre les escaliers, arpenter les interminables couloirs, passer la conciergerie puis sortir dans la rue de l'autre côté sous les fenêtres de notre dortoir. J'ai souvent repensé à notre ami Kiri, qui je crois n'est pas resté très longtemps pion à Sorèze, et que cette histoire a peut-être rendu fou, qui sait !
Frédéric Feldmann (69-72)



Visiteurs illustres

J'étais donc en 1ère lors de la venue de François Mauriac.
Pour nous à l'époque : un Dieu!
Son non discours car ce n'en fut pas un, fut passionnant d' humanité et d'humour, ce fut surtout une réponse au discours d'accueil dit par notre très cher camarade disparu Dominique Mugnier, discours élaboré et transcrit par le Père Dastarac. Il ne manquait évidemment aucun oubli d'aucun des thèmes développés par Mauriac dans l'ensemble de son oeuvre et avec le style flamboyant de Dastarac, c'était un monument à la gloire de Mauriac et un aperçu des réflexions philosophiques que tout un chacun est censé avoir à l'étude de cette oeuvre.
Parfait.
Mais le père Mauriac n'était évidemment pas dupe, et de sa voix sortie d'outre tombe (cancer du larynx dont il décéda), il nous remis très humoristiquement en place en relevant qu'heureusement pour nous il était fort vraissemblable que nous n'avions jamais pu lire toute son oeuvre et nous avait très gentiment remercié et conseillé de surtout lire et étudier d'autres auteurs que lui autrement plus accessibles et instructifs. Et il avait effectivement loué l'esprit sorézien dont il aurait voulu que tous les scolaires français puissent bénéficier.
Il avait notamment dit : "Tout jeune Français a deux écoles, la sienne et Sorèze".
Duhamel est passé inaperçu si j'ai bon souvenir (pas sûr mais personne ne se souvient de lui)...
Bernard Raybaud (53-61)

Anecdotes

Jean Gleizes (1912-1918) né le 21 mai 1905 à OUVEILLAN. Il racontait à ses neveux que, surpris avec un ami à fumer une cigarette, ils ont été convoqué par le Très Révérend Père Supérieur. à leur plus grande surprise, ce dernier les a félicités d' un goût pour le tabac qu'il partageait avec eux et leur a offert un cigare de la dimension d'un barreau de chaise qu'il ont du fumer entièrement... Jean Gleizes aura fumé en tout et pour tout une cigarette et un cigare dans toute sa vie.

Les Cacussinades :
Louis Bonnet dit CACUS
( 1894 - 1975 )
Par M. Fernand Chazotte, professeur de lettres

L'Ecole de Sorèze a utilisé pendant de longues années les services d'un homme affable, dévoué, simple et consciencieux qui remplit jusqu'à l'âge de la retraite le rôle de factotum.

Cet homme simple était, c'est sûr, fort désireux de s'instruire chaque jour. Or, il était entendu que, parmi ses multiples fonctions, Louis Bonnet devait passer tous les jours à 8 h et à 2 h dans chaque classe pour faire signer par les professeurs le cahier d'absences. Certainement assoiffé de connaissances, il prenait alors au vol, au sortir de la bouche de l'un ou l'autre des professeurs, quelque mot à l'étrange figure, à la sonorité veloutée, à la résonance porteuse de rêverie. Et puis, conscient d'être porteur d'un trésor, trop lourd pour lui, qui méritait d'être partagé, il se prenait à utiliser ses nouvelles connaissances pour les faire goûter, épicées de son sel personnel, à ceux qu'il rencontrait quotidiennement.

Il utilisait un tout petit local obscur dont la porte s'ouvrait au pied de l'escalier qui monte de la salle centrale, local muré actuellement et attenant à la salle située entre l'escalier et la cour des arts. Tout le monde sait que les élèves ont un malin plaisir inné, quelque peu irrévérencieux parfois, pour donner des surnoms aux adultes qu'ils fréquentent quotidiennement. Or les élèves connaissaient dans la mythologie l'histoire d'un brigand nommé Cacus, fils de Vulcain, qui déroba des boeufs à Hercule en les tirant à reculons dans son "ANTRE" ! Ainsi le local obscur utilisé par Louis Bonnet fut-il vite appelé "l'Antre de Cacus". Ainsi sont nées les CACUSSINADES.
Tous ceux qui ont connu Cacus étaient à l'affût de ses nouvelles créations sémantiques qui se répercutaient, dans l'espace et dans le temps, de bouche à oreille, d'un bout de l'Ecole à l'autre, et de la précédente génération à la suivante. Ces cacussinades, je les garantis authentiques même si, quelquefois, elles furent adroitement, astucieusement téléguidées.

Lors des grandes fêtes religieuses à l'Ecole, il était de tradition d'étendre un grand tapis, de l'entrée au choeur de la Chapelle. Ce jour-là, deux domestiques aidaient Cacus dans cette tâche. Au beau milieu de l'opération, il déclara : " Pour la portion centrale, ça va ; mais pour les équations latérales, non ! "

Un jour, on l'entendit même murmurer pour lui-même : "J'ai un doute certain ! "

Dans un recoin du parc se cache le petit cimetière des Pères Dominicains. Voici déjà longtemps, on remplaça les croix de bois par des croix de ciment. Alors, heureux, Cacus s'exclama : "On a bien fait ; comme ça, il en auront pour toute la vie ! "

L'étude de 1ère et de 2de était autrefois un théâtre, avec balcon s'il vous plaît ! Une des fenêtres du balcon, qui donnait sur la cour des Arts, était en réparation. Cacus, bien sûr, devait participer au travail. Etonné par la vue plongeante qu'il avait de la scène, il constata : "C'est d'en haut que la vue se répercute, alors ça fait coefficient ! "

Un jour, pour je ne sais quelle fête, le Père Lamolle entourait de fleurs et de drapeaux la statue de Jeanne d'Arc. Cacus vint le féliciter : "Vous avez du talent pour enguirlander la statue ! "

Pendant la guerre de 14-18, le R.P. AUDOUARD s'était trouvé dans la même section que Louis, et sous ses ordres, puisque ce dernier était caporal, or, le R.P. AUDOUARD, aux environs de 1940-45, fut Prieur de l'Ecole. Un jour qu'il avait besoin des services du factotum, le Père demanda à quelqu'un de trouver Cacus et de le mander à son bureau. Le commissionnaire trouva Cacus au bord de la piscine, assis dans le gazon, le dos appuyé à un platane, les mains jointes derrière la nuque. "Louis, le Père Audouard voudrait te voir..." Alors, sans se démonter: "Eh bien, dit-il, qu'il vienne ! "

Aux alentours de 1950, le R.P. DASTARAC était Régent des études. Un jour, il eut la surprise de voir pénétrer dans son bureau un Cacus affairé, troublé, qui lui dit : " Mon Père, je viens vous faire amende honorable... ".
Le Père, toujours prêt à tout pardonner, l'interrompt, l'assure que ce n'est rien.., qu'on peut faire involontairement quelque bêtise mais que cela ne tire pas à conséquence, qu'il lui pardonne de bon coeur son erreur, etc. ...
" Mais non, dit Cacus, je viens vous faire amende honorable de quatre punaises pour afficher ce prospectus."

C'est le même Père Dastarac qui l'envoya un jour a la poste de Sorèze pour acheter je ne sais combien de timbres en vue de l'envoi d'une circulaire aux Parents. Cacus revint un moment après, les mains vides. "Mon Père, que voulez-vous ! La postière est complètement dénudée ! "

- Où se trouve le Père Audouard ? lui demande-t-on un jour. "Le Père Audouard, tous les dimanches, va exceptionnellement à la pharmacie Fontanilles boire le café ; ça ne fait pas une rature."

Un jour de crachin, Cacus constata : " Il fait une petite pluie diluvienne ". A quelqu'un qui lui demandait un petit service, Cacus posa la question suivante : " Est-ce que ça presse au centuple ? "

Un élève de Première, mis à la porte de la classe, se présente à la Censure où justement se trouve Cacus : " on t'a foutu à la porte ? Mais pourquoi faisais-tu le bourgeois gentilhomme ? "

Les jours d'automne, le vent d'autan s'amuse à tapisser de feuilles mortes le carrelage de 1a salle centrale, dès qu'une porte reste ouverte. Un jour, on lui demande de balayer cette salle ; mais certainement déjà fatigué à l'idée de ce travail supplémentaire, il déclare: " Cette salle à trop de longitude, ce n'est pas de ma compétition "

Le vent d'autan soufflait depuis plusieurs jours et allait toujours croissant. "Oui, constata-t-il, il engrosse". S'il eût été poète, Cacus en "allitérant" la difficulté d'exécution du conseil donné, eût "alexandriné" :
"Ô mes damoiselles, défiez-vous du vent d'autan !"

Cacus vient un jour trouver le Père Econome pour rendre compte de l'état d'une boiserie qui a été abîmée : "Mon Père, j'ai à vous en parler outre-mesure."

En plus de ses multiples fonctions à l'intérieur de l'Ecole, Louis aimait rendre service à 1a Paroisse. C'est ainsi que, pour les obsèques, il servait plus ou moins de diacre au Curé du village. Confortablement installé, il pontifiait dans une des stalles qui ceinturaient le choeur de l'église ; il chantait, lors des cérémonies de funérailles, le "Dies irae" et le "De profundis" d'une voix rocailleuse et sépulchrale qui semblait descendre les degrés d'un escalier, puis les remonter dans un crescendo sensationnel, pour achever la phrase harmonique dans un "dégueulando" magnifique. Au point que je me demandais chaque fois, si étendu raide mort dans la bière, je ne me réveillerais pas au son de cette voix !
Un jour, le Curé du village le chargea plus spécialement de la disposition du catafalque, des couronnes de fleurs, des cierges... Et Cacus disposa les six candélabres, trois de chaque côté, mais un peu plus loin qu'il n'était coutume. Au Curé qui s'étonnait de cela, il précisa: "J'ai changé d'itinéraire... ça brille d'un dernier essor." Un de ses Parents éloignés fut enterré un dimanche d'hiver, par temps très froid. "Vraiment, à cette époque frigidaire, on aurait pu attendre Lundi !"
La liturgie des offices religieux venait de subir de légères modifications : "Ces curés, ils ont secoué tous les rites !"

Cacus eut le malheur de perdre sa femme; le visage défiguré par la douleur et la tristesse, il parcourut l'étage des chambres des Pères, frappa à chaque porte et serra chaque main en disant : "Mon Père, je vous présente mes condoléances : ma femme est morte !"

A quelqu'un qui admirait sa fidélité à l'Ecole où il travaillait depuis plus de trente ans, il confessa : "Je resterai fidèle à cette Ecole jusqu'à la mort... à moins que le Bon Dieu me prenne avant."

Dans ses vieux jours, justement, il fut gravement malade. On eut. peur pour lui. Mais une opération de la prostate le remit rapidement sur pieds. Reconnaissant envers le Docteur Vaissière, qui l'avait soigné, et envers le chirurgien qui l'avait opéré, il se félicita : "Ils m'ont prolongé jusqu'à la mort !"

Avant de partir à la retraite, il devait être décoré par le Préfet de la médaille des "Vieux serviteurs". Il alla trouver son ami François Biau, le coiffeur de l'Ecole, qui se trouvait en compagnie de M.Gelly-Grollier, membre du Conseil d'administration.
- François, comment dois-je m'habiller ?
- Comme tu voudras, Louis, aucune importance !
- Eh bien, à mon veston neuf l'ajouterai le pantalon adjacent !

Ce même jour, il posa je ne sais quelle question à M. Biau :
- Dis, François, à ton humble avis, qu'en penses-tu ?.

L'année où Cacus cessa toute activité à l'Ecole pour prendre un repos bien mérité, il confia à des amis du village : "Après trente ans d'enseignement, j'ai bien droit à la retraite !"

Que l'âme de Louis Bonnet me pardonne d'avoir été un peu irrespectueux envers sa mémoire, Mais il nous a fait tant sourire, nous qui l'avons connu, il nous a donné tant de joie que je n'ai pas résisté à l'envie de vous le faire un peu découvrir.
Vous voyez : cette âme simple et droite peut atteindre l'immortalité puisque son souvenir, à travers vous, va passer à la postérité.

D'autres cacussinades :

Edouard Cazette :
Dans les années 40, 50 et 60, bon nombre d'anciens ont connu Edouard Cazettes.
Edouard Cazettes était employé au service des Pères (réfectoire, dortoir, etc...} il était marié avec Mathilde Cazettes qui était aussi employée à la cuisine, et dans d'autres services. Ils habitaient à la "Cordonnerie", face à l'entrée de la cour des Rouges, maison attenante à la brasserie St Martin.
Un témoignage de René RAMOND : Edouard CAZETTES, dit "le Poulard" a servi de nombreuses années à l'Ecole.
Très populaire parmis les élèves et le personnel, il a servi longtemps à la table des professeurs et des Pères.
Or un jour où il servait un plat de cassoulet bien garni, le Père LAMOLLE le voyant s'approcher de la table du réfectoire lui fait remarquer :
"Poulard, vos doigts qui trempent dans le plat!"
Sans se démonter, Edouard CAZETTES lui répond :
"Oui mon Père, mais mes doigts sont propres."
J'ai bien connu son épouse Mathilde et son fils. Mathilde s'était retirée, comme ma mère, à la maison de retraite Saint-Vincent de Paul à Sorèze où elle est décédée dans les années 1990.

Un billet de colle :
Yves CANOT (1973-1977) avait introduit 2 chouettes dans la bibliothèque, il en récolta une séance de colle par le Père De Metz, cliquez sur le billet ci-dessous pour l'avoir plus lisible.

Le Père MALBRANQUE :
Il avait coutume d'ouvrir les portes des cabines de dortoir à l'aide du fameux levier central, non sans une ou deux petites remarques de son cru comme "Enfants, levez vous parce que la sève pousse" ou "Il y a plus de sang dans le boudin". Ou bien "C'est le printemps, la sève monte"

Un TREPS interrompu dans son homélie :
Jean-Philippe DELRIEU (1962-1969) fait ses premières armes sur l'orgue de la chapelle. Il rappelle ici son souvenir à un autre ancien, forcément !
Tu te souviens sans doute que je suis organiste (d'ailleurs quasiment de la même promo que François Houbart, avec qui l'on se partageait les week-end à la cathédrale de Lavaur quand il s'agissait de remplacer le brave Guibaud, titulaire du lieu, mais aussi de Sorèze avec cumul Orgue, fanfare et tutti quanti, de quoi donner une attaque à Martine Aubry).
Et, si ma première messe fut sur l'harmonium de l'église de Durfort, dûment dépoussiéré par mes soins chaque jeudi après midi en lieu et place des promenades/bizutage à la Grande Fendeille (Hiver 1962), la première "vraie" eut lieu à la Chapelle de l'Ecole, un dimanche matin, avec la totalité des élèves en grande tenue, les parents dans le fond et, of course, le P. Montserret aux commandes...
Arrive le moment de son sermon.... Passionnant comme il se doit et moi, à l'orgue (un magnifique Baptiste Puget sis à la tribune et aujourd'hui disparu, je crois qu'il doit être à Fangeaux chez les soeurs dominicaines... si quelqu'un peut confirmer ?) , négligeamment appuyé au dessus du clavier ... Fasciné par l'exégèse trepsienne, je glisse et atterris de mes deux mains sur le clavier de grand orgue dans un grand braoum type Messiaen, si tu vois ce que je veux dire... et en plein sermon ! Dire que j'ai verdi reste vraisemblablement un euphémisme. Et tout a défilé dans ma tête : le séquestre, l'interdiction définitive d'accès à cette tribune que je vénérais, les dimanche de colle ... EH BIEN NON : je rencontre le bon P. Montserret après la messe, il me regarde avec un sourire et me dit : "tu as dû trouver que mon sermon était trop long...!"

Histoire de noirs :
Sorèze a été l'endroit, où pour la première fois, je voyais de visu, des noirs, je n'en avais jamais vu auparavant sinon au cinéma; il y a un qui a retenu particulièrement mon attention, il s'appelait Ballou, Djaba de son prénom; il devait faire 1.80 M et était en cinquième avec nous, je l'appelais Ballou à la manière du livre de la jungle, ce qui m'a valu, lorsqu'il l'a compris, une sérieuse tannée... Nous dormions dans le dortoir commun des jaunes, pas trop loin du clocher, si je me souviens bien, et des élèves lui avaient fait le lit en portefeuille; il a voulu quand même rentrer dans son lit et en a cassé les draps... Une autre fois, nous étions en classe de math avec Monsieur Brunel, en interrogation écrite, pas une mouche volait... Il a fait un vent monstrueux, et voyant ce qu'il venait de faire, il s'est retourné devant les élèves surpris et a dit : "ben quoi, c'est nat'u'el !" (période 75-80).

Astiquage de la cloche :
Un beau jour de cours de vacances 1962, un bande de joyeux lurons (parmi lesquels Lang, Giraud, Tarrat, Turcas) veut infliger l'une de leurs avanies habituelles (encore une fois) au brave Decourt : il s'agissait de monter jusqu'à la cloche située au-dessus de la cour des Rouges et de l'astiquer. Ce qui fut dit fut fit : comment ? Profitant de sa déjà grande science des greniers, il monta à ladite cloche en moins de 3 minutes, sortit de sa poche le Mirror et le chiffon et astiqua. Quand ce fut fini, les impétrants, pour le remercier, sonnèrent la cloche à la volée (pensant le faire tomber du toit). Mais votre serviteur est toujours vivant.

Une autre fois, c'était le même astiqueur de cloche, qui suite à on ne sait quelle(s) bêtise(s), avait dû faire des chutes de judo sur des cailloux et des tessons de bouteilles en plein milieu de la cour des rouges et en présence de toute l'Ecole. Voilà le genre de punitions décidées par Jean-Claude Balayé !

Une sortie à Saint Ferréol :
Pour la Sainte Cécile 1980 quelques parisiens avaient décidé d'une virée à Sorèze. Arrivés sur place le samedi après- midi, la tradition voulait à l'époque, que les opérations commençassent par une visite de courtoisie au Collège, retrouvailles, discussions, puis dîner au réfectoire sous l'oeil attendri du Père Montserret. Vers 22 heures et avant un retour au Collège dans la nuit, pour y procéder à quelques bizutages, tout ce petit monde venu en pèlerinage se rendait vers un haut lieu de la culture musicale locale, La Sprade.
Que de bons souvenirs sur cette route sinueuse de Saint Féréol qui y menait en passant par le Pont Crouzet et qui frôlait le dos de la maison de Madame Amigue, blonde et pulpeuse professeur de philo des terminales. Combien de fois ne l'avions nous pas parcourue, même avec trente centimètres de neige, nul ne pourrait aujourd'hui s'en souvenir.
Arrivé sur place, ce cul de basse fosse qu'était cette boite de nuit était toujours égal à elle même, mêmes décors, même ambiance, mêmes clients habillés dans le plus pur style des années 70, même voitures aux volants savamment recouverts de peau de mouton. tout était là, intact !
Mais venons-en aux faits. Que faisait donc là, une bande de parisiens et autres Anciens sinon que d'essayer de conter fleurettes à quelques néréides locales, au nez et à la barbe de leurs réguliers petits camarades de jeux, ce qui, soit dit en passant, n'était pas sans risques.
Je m'élançais (je ne dis pas mon nom !) donc en direction d'une belle brune, belle comme le sont toujours les femmes à la lumière des boites de nuits car un oeil scintillant m'avait attiré ne sachant pas encore s'il s'agissait d'un éclat naturel ou du simple reflet de la boule à facettes qui animait la soirée.
Prenant mon courage à deux mains et ne sachant trop comment aborder la belle, je lui lançais un : " Alors, vous êtes venu ici en mélomane" (Ce que l'on peut être con à 18 ans ! ) et elle, de me répondre dans un pur accent occitant : " hé nong, jé suis vénu ici en mobylette ! "
Hé oui, les soirées à La Sprade, n'étaient pas sans risques mais nul ne saura comment finit l'histoire.

Dans les années 40 : Bousquet était le beau-frère du rugbyman bien connu alors, Puig-Aubert. Chaque fois que ce dernier venait à l'Ecole, il frappait un ballon depuis la cour des rouges, qui atterrissait chez les bleus. Et chaque fois, applaudissements de la foule...

LE PLUS BEAU DROP :
il a été exécuté par Paul PUIG, alias POUTCH (c'est la prononciation catalane) depuis la cour des jaunes.
Il a réussi à passer son drop par dessus le toit de la chapelle... et en chaussettes! Cet exploit (jamais réédité) se situe en 1958-1959.

LE PLUS BEAU LANCER DE BATON :
Lors d'un défilé dans le village, un tambour major avait réussi à lancer le bâton par-dessus le portail donnant du parc sur l'église. Guillaume Rigaud a réussi ce phénomène un seule fois sans que le bâton ne tombe par terre.

ET TOC POUR EINSTEIN
Dans les années 1770 et quelques, un chapître du cours de physique indiquait clairement que ce pauvre Bébert Einstein ne s'était pas beaucoup fatigué et n'avait très longuement peiné (soi-disant) que pour ajouter un petit 2 en exposant à ce que les Soréziens apprenaient déjà depuis plus d'un siècle. Voir cette illustration.

Madame GORODETZKY
Philippe Martinel nous raconte :
Mme Gorodetzky a assuré le sécrétariat de Dastarac pendant quelques années avec beaucoup de compétence mais avec une personnalité bien affirmée ce qui entrainait de temps en temps des "gueulantes" mémorables de l'un et de l'autre.
Elle avait 2 enfants, Nicolas et Emmanuel, qui ont été élèves à l'école.
Nicolas est devenu célèbre au moment de la coupe du monde de foot à Paris comme responsable de l'organisation du dispositif sanitaire de la coupe du monde. Mme Gorodetsky était veuve et était venue habiter Sorèze pour n'être pas trop loin de ses enfants. Elle est décédée dans un accident de voiture.

Jean-Paul Bossuge en remet une couche, comme à son habitude :
Mme Gorodetsky, je me souviens qu'elle avait été un moment en charge du dortoir des Verts. il y a une anecdote que m'avait racontée Balayé bien plus tard:
Un soir elle a traversé le dortoir en courant, poursuivie par le père Debroise (il ressemblait à Tournesol, un père tranquille, assez transparent) à poil et ... d'humeur gaillarde). Hurlements des petits. On arrive à la rescousse de Mme Gorodetsky, dont Balayé. On maîtrise le père qu'on enmène à l'infirmerie. Entre autres, ils le pèsent: l'aiguille marque 50k ou 65kg je ne sais plus et Tournesol voyant l'aiguille arrêtée sur un 5 s'écrie "tiens, il est 5 heures" !
Je crois qu'il lui ont passé une camisole et qu'il a disparu du collège tout de suite après. Mutation disciplinaire ?

Pour les fanas de stats sachez qu'à ma connaissance, Nicolas Gorodetsky et votre serviteur partagent 11 ans d'ancienneté à l'école (redoublement compris). C'est pas loin d'être un record, mais je crois qu'on est battus par Bernard RECH de LAVAL. (NDLR : yes, Bernard a fait 49-62)

Celles d'Hervé BUZOT (83-90)
- la rentrée en rang par 2 dans la classe de Mr. Fabre de Massaguel s'accompagnait souvant envers les filles portant couleur ou maquillage du commentaire suivant: "eh bien Mademoiselle...c'est le carnaval?".

- Les interrogations de Mr. Fabre sur le cour précédent qui se passaient mal tournaient souvent aux commentaire suivant..." imbécile...à genoux...faites votre prière...!!" un spectacle offert à tous joué par les 2 personnages maitre et élève..

- pour ceux qui se souviennent Mr. Fabre de Massaguel (Massou) avait organisé un club d'histoire ou quelques un d'entre nous nous réunissions chaque semaine pour metre au point un circuit de visites et nous portions volontaires pour passer nos fins de semaines dans l'école afin d'en faire visiter ses lieux aux touristes de passage. Peut etre vous souviendrez vous de cette foi ou notre camarade Hubert Delachaise avait fait le pari de boire une bouteille de rouge cul sec une demi heure avant notre rendez vous avec Mr. Fabre. Celui ci n'arrivant plus à se tenir finit par etre remarque puis démasqué par Mr. Fabre...quelle rigolade..

- Le concours de jet d'avions en papier dans la classe de Mr Verges, professeur de mathematiques..ou chacun d'entre nous avions confectionné une vingtaine d'avions avant la classe qui fut donc innondée de 400 avions en vols continus.. Mr Verges se tenant la tete sans bouger sur son bureau pendant toute l'heure !!!

- Le jet de petit beurre qui vint se coller sur le tableau noir de Monsieur Bonnafous, professeur de physique. Demandant réparation par le coupable c'est notre camarade Napoléon Don Simoni qui s'était levé et qui sans se faire remarquer avait pris soins d'étaler le beurre sur le tableau à l'aide du tampon effaceur plutôt que de l'enlever. Ceci fut suivi d'une heure de rigolade car Monsieur Bonnafous n'arrivait plus à écrire sur le tableau, la craie glissant comme sur une patinoire !!

- Le jet de chaises à travers la permanence de notre nouveau pion surnommé "OK" qui sorti tout droit du Liban passait son temps à nous dire "moi j'ai fait le Liban alors faut pas m'énerver...OK?" ... ce jour-là il perdit les nerfs et balançait tampons effaceurs et chaises...et nous de crier "chaise" signalant à tous le danger imminent et la nécessité de se planquer sous les volets de nos bureaux !!

- Les soirées théatre et les soirées cinéma dans la salle des bustes avec les classiques fantomas !!

- Nos réconforts : le père "Twist again", le père Lacoste et ses sorties à cheval, Mr. Carrière et sa distribution quotidienne de bonbons, Madame Bernard dédiée aux plus petits (les verts) et son bisou de bonne nuit tous les soirs à chacun d'entre nous - nous bordant et réconfortant patiemment.

- la traversée en hiver des couloirs glacials en courant dans nos peignoirs pour aller à la salle des douches par moins 10.

- l'année ou la chaudière avait claquée...laissant les vitres givrer... à l'interieur !

- le foyer avec ses bruits et odeurs: le packman, la télé, la salle pleine chaque Mercredi pour écouter les cités d'or.

- la fois où faisant le mur pour aller piquer des fraises dans le jardin voisin - me hissant à bouts de bras jusqu'en haut du mur je tombais nez à nez (littéralement) avec une couleuvre enroulée qui faisait sa sieste..Nous furent tous deux aussi effrayés l'un que l'autre.

Celles de Philippe MARTINEL (51-59)
Des anecdotes qui ont marqué sa vie à Sorèze, il se souvient des célébrations d'un anniversaire de la mort (ou de la naissance) du Père Lacordaire, où le Père Dastarac avait écrit une grande fresque historique qu'il a fait jouer pour Pentecôte. Une des scènes se passait sous la tente de Napoléon, devant Moscou fumant (décor de J.Cl. Balayé et des collets rouges). Celui-ci devait, sans doute, prendre une décision importante pour l'école après avoir pris connaissance d'une lettre que lui apportait le vaguemestre qui n'avait qu'à prononcer ces seuls mots : « Le courrier de l'empereur ».
Quel fou rire lorsque un de ses camarades (qui se reconnaîtra, sans doute) s'exclama : « Le courrier du roi ». Ils n'étaient pas trop étonnés de cette « bourde » car certains d'entre ses copains, en le faisant tromper lors des répétitions, étaient à l'origine de cette confusion.

Il se souvient de la récréation du goûter chez les collets rouges toujours très attendue. En effet il était fréquent que Mr. Arnaud, son prof de maths, vienne leur proposer de jouer au bridge, avant de donner les leçons particulières de maths qui commençaient à 17 heures. C'est avec beaucoup de pédagogie qu'Arnaud leur faisait part de son expérience en ce domaine. Quant à lui et ses camarades, c'était souvent la bousculade pour arriver dans les 3 premiers qui avaient le privilège de jouer avec le maître, les suivants étant parfois admis à rester pour regarder.

Il se souvient du Général Coiron, le prof. d'histoire et de géographie, qui, en fin d'année, tenait beaucoup à entraîner ses élèves aux épreuves orales. Il demandait à Jacques Fabre de Massaguel, jeune diplômé, de nous faire passer des interrogations orales. Une des premières fois, il arrive dans la classe dans laquelle quelques élèves l'attendaient pour subir l'interrogation et s'aperçoit qu'il n'y a aucun siège dans la classe. Voyant cela, il nous demande de changer de salle. Pas plus de chaise dans la salle voisine, ni dans celle d'à coté. C'était, sans doute, les joueurs de bridge qui les avaient transportées dans une autre salle en oubliant de les remettre. J. Fabre s'écria alors, de sa voix de fausset : « Maisà c'est la conspiration des chaises ». On peut penser que Philippe et ses camarades ont cherché à faire répéter à leur grand ancien cette exclamation qui les avait fait beaucoup rire. C'est pour cela que les chaises disparaissaient souvent des salles de classes, les jours de « colles » d'histoire et de géographie de Jacques Fabre.

Quatre anecdotes de Christophe Ragot (67-70)
- le bleu (pas la couleur de la division) qui arrivait en cours d'année devait aller cogner à la porte du père Laxague en portant un squelette dans ses bras et lui dire qu'un camarade venait de se trouver mal et qu'il cherchait l'infirmerie.... imaginez la scène et le contexte du nouveau venu.

- en juin 1967, suite à un mouvement général de la part des quatrièmes, le mot d'ordre est donné : ramener le plus de couleuvres du lac de Saint-Ferréol pour les lâcher dans le dortoir après le coucher (pauvre Monsieur Mangin qui boitait bas et dut faire face à une invasion de quelques centaines de couleuvres dans le dortoir des quatrièmes). Bien évidemment, quoique à l'origine du tsunami couleuvrin, nous étions tous apeurés et ajoutions au malaise de ce pauvre homme la gestion de notre faux traumatisme.

- en mai 1968, les étudiants de Castres viennent déloger les pauvres collégiens soréziens, victimes de l'autorité des prêtres dominicains alors que la France se rebelle contre "l'autorité".... Le mot d'ordre est lancé (par de Montesquieu si mes souvenirs sont bons) : ils ne passeront pas et ne nous soumettront pas. Sitôt dit, sitôt fait : le peloton en armes de la garde au drapeau intervient à la porte de l'église et refoule la manne estudiantine castraise venue libérer les collégiens opprimés. Fort heureusement, le général Binoche, gouverneur de la place de Toulouse, était intervenu pour doter l'école de MAS 36 avec baïonnette. C'est donc dotée de ces joujoux que la garde au drapeau intervint pour refouler les manifestants.

- en février 1969, les premières font monter une vache dans les dortoirs. Si l'ascension des escaliers fut aisée pour l'animal, la descente fut périlleuse et difficile. Souvenez-vous, les escaliers étaient en marbre (ceux qui amenaient aux douches).

Souvenirs

La mémoire est un peu comme une commode à tiroirs.
Aujourd'hui, je ne sais pourquoi, après bien des années passées, j'ai une pensée pour Monsieur Carrière.
Comment peut-on oublier Monsieur Carriere, son bureau en face de la grande salle de permanence, toujours approvisioné en bonbons. Son bureau était, pendant la récréation de 10h, une joyeuse rencontre entre plusieurs élèves de tout âge.
Monsieur Carrière était la gentillesse faite homme.
Il donnait des cours de catéchisme aux plus jeunes de l'école. Je me souviens aussi de sa présence au premier rang lors de la messe le dimanche matin.
Je me souviens également, qu'à la fin de l'année scolaire, dans sa classe de catéchisme chacun avait droit à un cadeau selon ses résultats, il m'avait confié un jour, qu'un tiers de ses revenus était consacré pour les enfants qu'il suivait au cours de l'année scolaire, 1/3 pour ses besoins, 1/3 pour les nécessiteux...
Il avait fait don de sa vie à l'éducation des enfants, un homme simple, sincère, humble, à vrai dire je ne lui connais pas de défaut, et je n'ai à bien y réfléchir, jamais rencontré d'équivalent depuis.
Et pourtant on ne sait rien de lui, et sur Google, aucune information le concernant, et je ne crois pas avoir vu une plaque commémorative dans les rues de Sorèze.
Je crois que Jean Carriere était d'origine Belge, je crois me souvenir qu'il avait été religieux dans sa jeunesse.
Je sais qu'il écrivait beaucoup. Que sont devenus toutes ces archives ? Je ne sais pas.
Avez-vous, anciens soréziens des témoignages le concernant ?
Aujourd'hui, je voulais simplement lui rendre hommage.
Le connaissant, il n'aurait pas voulu, mais dans le fond il le mérite bien.
Ne l'oublions pas, et n'oublions pas sa gentillesse.
D'où il est, je suis sûr qu'il veille sur nous.
Paix à votre âme Monsieur Carriere et merci pour tout.
Monsieur Carrière est décédé le 13 septembre 1996.
(Photo des Verts 1960-1961)

La Pléïade Sorézienne, revue des Rouges en 1912-1913.

Ode à Bernicaut. Pentecôte 1936, le 1er juin, à la fin du banquet, toast de SELVES, ancien élève. page 1 | page 2 | page 3 | page 4 | page 5

Dans les années 1946 / 1949, vivait au Collège de Sorèze, un personnage dont je garde le souvenir un demi-siècle plus tard.
Il se nommait RALPH CARCEL, dirigeait la chorale, tenait l'harmonium de la chapelle et s'occupait de toute la partie musicale de la communauté y compris les orgues de l'église paroissiale.
Il portait une grande cape noire et un feutre style Aristide BRUANT.
Je pense qu'il avait trouvé dans l'école un havre de paix après de nombreuses années tourmentées au coeur du show-bizz des années 30; RALPH CARCEL avait été le compositeur, accompagnateur et ........ de la grande chanteuse réaliste MARIE DUBAS.
Cette dernière a créé avec R.C. des chansons inoubliables, reprises depuis par plusieurs grands noms de la chanson Française : Edith PIAF,MOULOUDJI et MONTAND.
Il existe plusieurs sites internet sur Marie DUBAS.
Passons, passons puisque tout passe
Je me retournerai souvent
les souvenirs sont cors de chasse
Dont meurt le bruit parmi les vents.

Guillaume APPOLINAIRE
Bernard-Pierre Lebrun (1946-1949)

De son côté, René Ramond (1943-1947) nous raconte :
J'avais quitté l'École de Sorèze à la fin de l'année scolaire 1947. Entré en octobre de la même année au collège technique de la région parisienne et souffrant du mal du pays, j'étais venu passer les vacances de Noël à Sorèze où mon frère Pierre était toujours externe. A mon arrivée, mon frère, qui comme moi jouait de la clarinette, me dit : "Nous avons cette année un professeur de musique formidable. Très éclectique et pianiste extraordinaire, il nous fait jouer des partitions qui vont de Mozart à Duke Ellington. Tu pourras d'ailleurs le voir à l'occasion de la représentation théâtrale traditionnelle de Noël au théâtre de l'École. (Ce beau théâtre existait encore). En effet les vacances du collège étant décalées d'une semaine par rapport à la Région Parisienne, outre les petites pièces jouées par les différentes divisions, je vis juste avant l'entracte mon frère avec ses camarades de l'harmonie monter sur la scène et interpréter, dirigés et accompagnés au piano par leur professeur de musique, qui n'était autre que Ralph CARCEL, un arrangement du concerto pour clarinette de MOZART. Qui plus est, c'était mon rival de l'année passée, GUIRAUD, qui était soliste. C'est de ce jour que j'ai commencé à comprendre que c'était bien le paradis que j'avais perdu en quittant Sorèze...
Plus tard, dans l'automne 1949, comme j'écoutais vers 12h30 d'une oreille distraite France-Inter, le présentateur nous annonça l'invité du jour, qui n'était autre que Ralph CARCEL. Ralph interpréta au piano, d'une manière éblouissante, quelques airs et expliqua qu'il s'était retiré volontairement du show bizz pour se reposer quelque temps dans une Abbaye-École qui avait nom : Sorèze et qu'il avait eu le bonheur d'enseigner à des jeunes gens enthousiastes...

Vous souvenez-vous de la cahute du Major ? Elle était située entre le premier pilier de la cour des Rouges et l'escalier montant aux étages. Elle contenait soit disant le bureau du Major, mais dans les années 60 elle a été récupérée pour le stock de boissons du bar. En fait elle contenait aussi d'autres boissons, interdites celles-là (Chartreuse verte, Verveine du Velay, Grand Marnier, Izarra, etc), sans compter le projecteur des diapos des vacances.......

Dans les années 40, à l'occasion de processions, l'Ecole prétait la fanfare à la ville, ce qui permettait de faire de l'oeil aux beautés locales.

Toujours dans les années 40, le chauffage était inexistant chez lez Rouges, sauf dans leur étude, où il y avait une chaudière à charbon dans laquelle on mettait des briques à chauffer pour les monter au dortoir.

Lettre de Jean-Paul BOSSUGE à l'occasion de Pentecôte 98
Jean-Paul BOSSUGE.
Le 24 mai 1998,
430 Winnetka Ave
WINNETKA IL. 60093 USA
Email : jean-paul.bossuge@diplomatie.fr

Tres Révérend(s) père(s), chères anciennes, chers anciens,
J'avoue avoir du mal à utiliser l'adjectif "ancien" au féminin: je n'ai pas connu la relative récente mixité de notre école, les ex-Soréziennes sont encore trop jeunes et trop charmantes pour les appeler ainsi. Et puis, ce ne sont quand même des vieilles dames édentées !
Je voudrais avant tout féliciter -leur modestie dût-elle en souffrir- les membres du bureau de l'Association Sorézienne pour leur splendide travail. Je ne peux tous les nommer, mais moi qui suis loin, j'ai une pensée spéciale pour Jean-Michel Gorsse et Serge Decourt.
Serge, ceux qui ont l'internet peuvent mesurer le travail de bénédictin (ou de dominicain) que tu as effectué depuis plusieurs années pour mettre au point ce site Web, absolument remarquable. Jean-Michel, bravo pour ton formidable travail de communication. Les gars, vous méritez, comme on dit ici: UNE STANDING OVATION!
Vous ne pouvez pas savoir combien je regrette de ne pas avoir pu me libérer pour être parmi vous. Je retourne naturellement de temps en temps à Sorèze, mais je vois toujours le collège vide, si les lézardes me désolent, les échafaudages me mettent du baume au coeur. Mais le parcourir avec vous tous, c'est quant- même autre chose. Je suis resté très attaché à notre école et aussi au village que ma mère et moi avons habité depuis 1956. Ma mère a longtemps été désespérée au sujet de mes études. Apres avoir été pensionnaire à Mauléon, en 11ème et ensuite être passé entre les mains décharnées d'une préceptrice rabique, elle avait cru bien faire en me mettant au petit séminaire de Barral à Castres. Je m'en suis échappé peu de mois après et le directeur m'avait retrouvé errant sur la route de Soual et reconduit chez moi dans sa 11 CV Citroen. " Madame, votre fils n'est pas fait pour notre séminaire ". Ca non! Et puis miracle, un article dans Paris Match, des photos en couleur du parc, des chevaux, du bassin de natation, du père Connault devant la statue de Louis XVI, de la cour des rouges. La révélation! " voilà ce qu'il faut à Jean-Paul ".
Mes débuts ont été tonitruants puisque j'ai redoublé d'entrée la 7ème et la 6ème. A partir de la 5ème, ça allait beaucoup mieux, alternant, selon mes résultats scolaires, le pensionnat, la demi-pension et l'externat. J'ai connu un renvoi temporaire, pour avoir joué à la bataille navale en étude: c'est au moment où je coulais un porte-avions que j'ai été pris au collet. J'ai aussi l'honneur de faire partie de ceux qui ont connu le séquestre aux murs constellés de graffiti plus ou moins philosophiques, de plusieurs générations d'anciens. Le motif de mon incarcération ? Le père Montserret ne doit pas s'en souvenir: j'avais: dixit M. Pingault a " amené des filles en pantalons, un soir sous les fenêtres d'une classe des bleus ". Ensuite, quelques tableaux d'honneur, quelques bulletins de notes détournés dont ma mère n'a jamais pris connaissance, jusqu'à la seconde qu'on m'a fait redoubler pour des raisons que j'estime disciplinaires. Au cours de cette deuxième année de seconde, j'ai usé mes fonds de culotte avec des joyeux lurons comme Bernard Murat, qui m'a initié au rugby. Murat, était le plus doué d'entre nous puisqu'il jouait en junior au Castres Olympique. Il se distinguait aussi pour la tchache, ce qui l'a aidé à devenir député-maire (jusqu'à la dissolution de l'Assemblée). Murat faisait le mur régulièrement, pour voir une copine à Castres. Il a bien fait d'ailleurs, mon père, car il l'a épousée et ils sont toujours mariés.
Bref, ces redoublements m'ont permis de rester (comme Nicolas Gorodetski) 11 ans dans ces murs. On avait fini par m'inscrire à l'inventaire du mobilier comme objet sans grande valeur, mais à conserver tout de même. Toutes ces années m'ont permis de connaître des personnes remarquables et en premier lieu le père Montserret. Ceux qui ont fait un certain pèlerinage a Lourdes se souviennent certainement de son serment formidable . Et nous dans la foule, on disait, pas peu fiers à nos voisins: " c'est notre prieur ". Le père Montserret, à l'Ecole, c'était aussi la discipline assurée. Souvenez-vous , quand un camarade entrait précipitamment en salle études, livide et prononçait un seul mot : "TREPS" ! Une seconde de bruissements divers, et on entendait les mouches voler. Père Martin, si vous êtes présent, sachez que je n'oublierai jamais ces séances de luge. Vous étiez le dominicain le plus sportif que j'ai jamais connu et le seul que j'ai jamais vu en maillot de bains (un boxer short noir) nager le crawl avec le style d'Alain Gottvales, le champion de l'époque.
Chers amis, j'aimerais que vous évoquiez, si possible de manière humoristique nos professeurs et pères disparus. Je suis sûr que de là-haut, ils préféreront ça. Pardon à ceux que j'oublie. Je pense au père Dastarac, le père Milleret (le grand pavois), le père Girard (avec qui tout le monde voulait se confesser....), Fabre d'anglais (ah! les encriers qui volaient et s'écrasaient sur le platane en face de la porte), M. Tribut, ses jeux de mots légendaires et son art de mettre les rieurs de son côté, M. Arnaud et son fameux " j'attaque " en enjambant l'estrade, L'Abbé Butticaz, capable de descendre d'Arfons en 2CV, un bras dans le plâtre, et bien sûr Jacques Fabre de Massaguel, une institution à lui seul. Jacques Fabre de Massaguel, qui nous a permis de faire des cartons au bac en histoire-géo et 30 ans plus tard, de débiter encore certains passages de ses cours polycopiés.
Ils sont bien présents parmi nous, et comme disait Ernest Renand " le tombeau des morts, il est dans le coeur des vivants ".
Dans un tout autre domaine, j'aimerais aussi que vous demandiez au père Montserret si c'était vrai qu'on nous mettait du bromure dans le vin. Légende ou vérité ? Moi j'y mettais quelque fois du bleu de méthylène pour effrayer quelques bizuths.
Enfin, je vous demanderais un petit service spécial. Si certains d'entre vous et les pères, pouvaient faire une petite visite a ma mère à la maison de retraite de Ste Croix, cela lui ferait un plaisir immense. L'école a toujours beaucoup compté pour elle. Elle sort d'une longue et délicate hospitalisation, et a besoin d'un fort coup de pouce psychologique . J'y suis allé en avril dernier et compte y revenir à la mi juin, mais ne le lui dites pas...je lui ferai la surprise...
Puisse notre vieille école revivre bientôt. Puissent les projets aboutir, puissent les murs raisonner encore des cris de générations de potaches. Sursum corda, hauts les coeurs et buvez donc à sa santé que diable!
Merci à tous.

Paul-René BALAYE, sergent-major 1914, fut envoyé avec l'Etat-major en 1914, présenter le drapeau de l'Ecole au Pape Benoit XV.

A propos de Mr BRUNEL, professeur de maths (souvenir transmis par Jean-Paul Bossuge (56-67)

Cour des Jaunes 1er trimestre de l'année 1959/60.

Les potaches s'alignent pour entrer dans une des classes aujourd'hui disparues.
Derrière eux, deux platanes sur les troncs desquels les encriers explosent au gré des colères épiques de M. Fabre, professeur d'anglais.

Jacques BRUNEL n'a aucun mal à se faire respecter. Personne n'a réussi à lui trouver un surnom. Ses cours sont vivants et imagés. Pour moi, externe, qui l'aperçois en dehors de l'école, je suis persuadé qu'il a recours aux maths pour jouer au tiercé, à la pétanque ou au flipper.

A défaut de suivre, les cancres ne s'ennuient pas. Pour motiver ses élèves, il les place dans les gradins en fonction de leur rang de classement après chaque composition : les premiers en bas à droite près de son bureau, les derniers en haut à gauche, du côté de la porte. Le procédé amuse : les bons sont flattés d'être bons, les mauvais, dont je fais partie, de faire rire. Je peux ainsi tout à loisir prendre de haut la science mathématique et sur mes camarades avoir une vue condescendante.

Ce jour là, M. BRUNEL doit nous remettre des notes pour un devoir qui consistait, entre autres exercices, à trouver le volume et les dimensions d'une pièce.

La colonne s'ébranle et entre en classe en silence. Notre professeur de mathématiques pénètre péniblement dans la salle, courbé en équerre. Un élève lui demande :

- M. BRUNEL, vous avez mal au dos, un lumbago?
Et lui de répondre, toujours plié en deux, le bras tendu à la verticale :
- Non non pas du tout, mais d'après les résultats de BOSSUGE, le plafond est à 1m10 de hauteur...

Je lui avais rappelé cette anecdote quelques vingt ans plus tard. Il ne s'en souvenait pas.

M. BRUNEL, dans la paix du Seigneur, vous avez de là haut, maintenant, l'éternité pour calculer la vitesse de rotation des planètes...

( Mr Brunel est décédé à Sorèze le 7 janvier 2001 )

Une nouvelle anecdote concernant FABRE DE MASSAGUEL que nous avions surnommé, va savoir pourquoi, MAMY en laissant traîner sur le A; était-ce dû à sa tête sans cesse coiffée du béret et penchée sur l'épaule gauche ou à la lippe qu'il avait tombante? J'avoue que nous étions tous deux à couteaux tirés je vous dirai pourquoi après. Donc pour en revenir au tout début un sorézien dont je tairai le nom mais dont la rèputation d'excellent élève quoique d'un esprit très frondeur n'était plus à faire (là je pense que certains le reconnaîtront) n'a pas trouvé mieux que de glisser une diapo olé olé dans le carrousel du projecteur du cours de géo. Alors là imaginez l'explosion de rage de MAMY dont l'autoriré incontestée se trouvait là bafouée (comment?? quelqu'un qui ne tremble pas devant lui???). Le cours bien entendu s'en trouva de ce fait écourté instantanément aprés maints postillons qui accablèrent ceux du premier rang!!! Pour ma part Fabre ayant eu le malheur de citer qu'entre l'ESPAGNE et la FRANCE existaient les Pyrénées et "FORT HEUREUSEMENT" precisa t-il, je me levai pour lui demander de bien vouloir me donner le but exact de cette profonde pensée ce qui me valut une exclusion" avec un mot de monsieur......" qui devint à ma demande définitive. Il me faut quand même préciser que c'était les dernières semaines de terminale et que pour moi les dés étaient joués, je le savais bien mais cela me valut je dois le dire une certaine notoriété auprès de mes co-pensionnaires.

On croit généralement que Jacques Fabre de Massaguel a toujours été sage comme une image, eh bien non. Lorsqu'il était élève, en 1944, il lui est arrivé souvent de jouer à la bataille navale en cours avec André Mathis. Quant aux autres indiscrétions, lire les souvenirs d'André Mathis, disponibles depuis 2006 à la librairie du Village.

Quelques souvenirs de Georges Michel (49-52)
Depuis très longtemps je me promettais de venir à la fête de la Pentecôte dans l'espoir, de rencontrer des anciens, mais hélas mon activité sportive (régates) me retenaient toujours et encore maintenant. L'année dernière, après plus de 50 ans, j'ai visité l'Ecole, et la surprise a été totale de voir qu'elle ne l'était plus mais qu'elle portait toujours le nom. La déception a été grande car plus de fête de la Pentecôte, donc plus de réunion.

L'accueil a était très agréable et c'est sans nostalgie mais avec plaisir, malgré les transformations et la disparition de sa vocation première, que je me suis promené dans les couloirs, et le parc, où les souvenirs des années 49-52 sont nombreux, bons, amusants, mais certains confus.
Ma femme fut étonnée d'apprendre ce jour là que l'on n'avait pas de dortoir mais des cellules individuelles de 2 x 1,50 m fermées par un système de verrouillage très sophistiqué, pour des enfants de 10 à 12 ans.

L'ouverture des ces portes était commandée par un levier encastré dans un petit placard, en principe fermé, juste à côté de la chambre du surveillant. Le soir celui-ci devait lui-même fermer les portes des cellules, mais parfois on la fermait nous même, aussi, de cette façon on glissait un chiffon ou même une cravate, entre la gâche et le pêne pour l'ouvrir sans bruit, afin de tirer sur le levier et ouvrir toutes les portes en même temps. C'est ainsi que les chahuts nocturnes se faisaient, au grand dam de ceux dont le bruit de l'ouverture des portes n'avait pas réveillé. Voilà pour une petite anecdote.

J'en glisserai une autre :
Dans la cours des verts ou des jaunes, je ne souviens plus, il y avait sous le préau à gauche en entrant, une pièce obscure en contrebas avec un éclairage central où l'on rangeait dans des casiers nominatifs, nos chaussures cirées. Là nous avions mis, avec deux autres comparses, entre la douille et l'ampoule, une pièce de 5 francs, c'était juste la taille, pour provoquer un court-circuit et mettre les classes, les WC et la salle d'étude dans le noir. Le responsable du dépannage, je pense que c'était le concierge, a mit du temps pour trouver la cause. Cela a fait du bruit, et de plus, les coupables n'ont pas été trouvé. Je m'en confesse, mais j'en souris encore.

Dans la rubrique CHAHUTS au sujet de la vache en haut des escaliers, au début des années 50, j'y étais, et nous les petits on se demandaient comment ils avaient fait pour monter cette vache au 1er étage, ça nous paraissait impossible !!!!

En regardant attentivement les photos des années 1950-1957 je me suis reconnu sur la photo du défilé de la Sainte Cécile 1951, au milieu de la 4ème rangée, par contre je suis incapable de mettre un mon, sur certains visages pourtant connus, de mes voisins immédiats, sauf sur les deux frères Lachaux C'est avec tristesse que je constate dans l'annuaire des anciens, avec les noms qui me reviennent en tête, qu'ils ont pour la plupart, un "astérisque violet ", ou restent introuvables avec les adresses indiquées.

La révolution chez les Rouges en 1944.
A la suite d'un renvoi, en février 44, les Rouges se sont insurgés, sont tous sortis dans le village, ont sonné au clocher, se sont promenés sous les murs de l'école, ont crié "Le Prieur au poteau". Moyennant quoi, TOUTE la division des Rouges s'est vue virée, à l'exception de 8 personnes, dont deux malades et un absent. Même le porte-drapeau et le maitre des cérémonies ont été renvoyés. Le palmarès des rouges de 1944, se réduit à une seule personne : le sergent-major, Jean Marin.

Et puis ....
Les cours de physique avec Bibase, dont l'allumage du bec Bunsen durait 5 minutes et risquait à chaque fois de foutre le feu à la baraque bi-centenaire. Et dont les expériences sur le mercure se terminaient inmanquablement par une classe à genoux en train de faire semblant de ramasser les minuscules billes de mercure sur le sol, sciemment versées sur le dit sol par vingt mains volontairement devenues tremblantes.
Les cours d'allemand de Fasse qui étaient essentiellement des cours de musique.
Les notes de latin délivrées par l'Abbé Butticaz, pouvant osciller entre -30 et + 10 / 20 et qui trouvait à chaque mot une racine indo-européenne.

Il s'agit de la punition quelque peu sadique que m'a infligé le TREPS à la Pentecôte 60.
J'avais fait une connerie, je crois que c'est d'avoir été surpris dans les greniers de l'école, ce qui était formellement interdit. Je n'étais pas seul, mais je suis le seul à avoir été pincé.
Mes parents avaient fait 600 km pour passer le week-end (à Saint-Ferréol) avec moi et mon frère. Le TREPS m'a privé de sortie. Assez révolté, j'ai imaginé de faire intervenir les invités officiels : Gabriel d'Arboussier, ancien élève, devenu ministre de la Justice de la jeune république du Sénégal, et pour faire bonne mesure le Garde des Sceaux français, Edmond Michelet, et leur collègue ivoirien, Alphonse Boni (à la fanfare, nous avions répété "l'Abidjanaise" composée par... Gilbert Bécaud).
J'ai donc guetté pendant des heures le moment où je pourrais leur tomber dessus sans être inquiété. Et c'est finalement arrivé, dans le parc. Je leur ai raconté l'histoire, ils ont noté mon nom, et sont allés voir le TREPS. Se faire lever une punition par trois ministres de la Justice, c'est rare !
Montserret, assez hilare, m'a appelé en présence de mes parents, et m'a dit : "Je te laisse seul juge, c'est à toi de décider si tu mérites la punition ou non". Par fierté (quel con j'étais...), j'ai dit oui.
La punition a consisté, outre la privation de sortie, à aller astiquer le cercueil du Père Lacordaire, dans la crypte de la chapelle. Les soeurs m'ont fourni un bidon d'encaustique et un chiffon, et je suis descendu dans la petite crypte. Je n'étais pas très fier (j'avais 14 ans), quand j'ai vu sa tête momifiée comme celle de Ramsès II, sous la petite vitrine. Je lui ai parlé : "T'inquiète pas, c'est moi, Houbart, j'ai fait une connerie, etc...". Il ne m'a jamais répondu. Mais je me souviens de notre tête à tête comme si c'était hier.
Philippe Houbart

Le séquestre

Texte sur le séquestre (extrait de "Le bout du monde", de Jean Mistler :)
"... la plus grande punition étair celle que seul le censeur pouvait infliger, le séquestre, cachot glacial, avec une fenêtre hors d'atteinte, une table scellée au mur, et une grosse bûche plantée dans le sol en guise de siège. Le puni passait là toute la journée, nourri d'une potée de légumes, d'un quignon de pain, et abreuvé d'une cruche d'eau, comme à la Bastille des légendes; s'il s'arrêtait un instant dans son travail, lignes à copier ou devoirs à refaire, la voix calme du censeur ou l'aigre glapissement du sous-censeur, passant par les trous d'une plaque de tôle encastrée dans la muraille, lui demandait s'il désirait retenir le séquestre pour le lendemain."


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